Saint-Guiral

Au temps des Croisades, trois jeunes frères, selon certains de la maison de Roquefeuil (château d’Algues, au-dessus de Nant), pour d’autres de la maison d’Esparon, partageaient le même amour pour la belle Irène de Rogues. Incapable de départager ces cœurs vaillants, elle aurait alors incité ces jeunes preux à partir en Croisade, leur promettant qu’elle épouserait au retour celui qui aurait fait montre du plus grand courage. Hélas, les années passèrent, les trois chevaliers cévenols se couvrant de gloire, mais un soir, au château de Rogues, un troubadour devant la damoiselle se plut à proclamer la fausse nouvelle de leur triple trépas. La belle en mourut et c’est le jour-même qu’on la portait en terre que les trois frères s’en revinrent au pays. Terrassés de douleur ils firent alors le don de leur vie à Dieu. Loup se fit ermite sur le pic qui porte aujourd’hui son nom, au milieu des garrigues du bas pays, Alban en fit de même sur la montagne Saint Alban qui domine la vallée de la Dourbies et Guiral enfin se fit ermite sur ce rocher en forme de pain de sucre et qui pointe son crâne pelé sur les vastes étendues granitiques du Lingas. Chaque année les trois frères allumaient un grand feu au sommet de leur promontoire naturel et, petit à petit, les feux s’éteignirent les uns après les autres, Saint Guiral mourant le dernier.

Le lundi de Pentecôte, les Cévenols, les Caussenards et les Rouergats ont ainsi pris l’habitude de gravir les pentes du Lingas pour vénérer la mémoire de ce saint populaire. Les messes étaient célébrées dans des chapelles, quasiment une par paroisse, et construites au pied du rocher. Ces chapelles furent détruites pendant les guerres de religion qui ensanglantèrent notre région, mais les murailles de celle d’Arrigas sont encore bien visibles au sud du rocher et le curé de la paroisse y célébrait encore l’office à proximité il y a soixante ans. Au-dessus de ces ruines, la cabane de Frère Charles Boissière, dernier ermite du Saint Guiral, et qui fut inhumé le 3 mars 1718 dans l’église d’Arrigas, comme le rapportent les registres paroissiaux : « Frère Charles Boissière, natif de Estelle, premier hermitte de St Guiral et qui avoit commencé de faire bâtir l’hermittage dud. St Guiral, âgé d’environ quarante ans (…) a été enterré dans notre église St Genest d’Arrigas prés les fons baptismaux. » Un peu plus bas, dans la forêt de hêtres, une arche en granit est appelée « tombeau de Saint Guiral » par les anciens : une croix y a été maladroitement gravée sur le linteau à une époque indéterminée. Plus bas encore, le long du ruisseau qui n’est autre que la Vis naissante, poussent les renoncules à feuilles d’aconit que les bergers faisaient bénir par les prêtres lors du pèlerinage et dont les bouquets suspendus dans les bergeries devaient assurer la protection des troupeaux. Jusqu’aux années 1950, le pèlerinage fut suivi avec ferveur. Après la grand messe, célébrée séparément pour chaque paroisse, une procession autour du rocher réunissait en fin d’après-midi l’ensemble des prêtres et des fidèles pour entonner la litanie des saints, avant le retour de chacun dans sa vallée. Avec le Concile Vatican II, les jeunes prêtres refusèrent souvent de participer à la vénération d’un saint dont l’authenticité historique n’était pas certaine : les temps étaient à l’austérité et au rationalisme. Depuis une vingtaine d’années, ce pèlerinage avait été repris en charge par les sociétés de chasse des différentes communes évoquées. Mais depuis quelques temps, les chasseurs ont à leur tour renoncé.

st guiral vEn relation avec cette légende, Pascale Moulier, archiviste du diocèse de Saint-Flour, a publié en 2010: Sur les pas de Saint Géraud d’Aurillac, coécrit avec Nicole Charbonnel, chercheuse au CNRS, Pierre Moulier, directeur de la revue Patrimoine en Haute-Auvergne et Mathew Kuefler, professeur d’histoire médiévale aux Etats-Unis.

L’occasion de relier définitivement, comme l’avait déjà pressenti Adrienne Durand-Tullou, la légende locale de Saint Guiral à l’histoire bien réelle de Saint Géraud d’Aurillac, chevalier mort en odeur de sainteté au début du Xe siècle, fondateur de l’abbaye d’Aurillac, et dont le culte s’est répandue outre le Massif Central, dans tout le sud de la France, et même en Espagne, sous la forme occitanisée de Saint Guiral.

 

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