Louis-Alexandre d'Albignac

Après la guerre de Sept Ans, le régiment de Hainaut ayant été réformé, il va rejoindre en Amérique le régiment de Boulonnais, dans lequel il avait été nommé sous-lieutenant le 1er juillet 1763. Mais la cour lui ayant rendu son rang de premier-lieutenant, il s'établit entre lui et plusieurs officiers du même grade qui voulaient l'éloigner de ce corps une lutte qui dura six ans, et ne finit que lorsqu'ayant conquis l'estime de tous ses camarades, il obtint la première compagnie, vacante pour les lieutenants, le 1er mai 1769. Il fut ensuite envoyé en Corse ; il prit part à la conquête et y resta jusqu'au 30 décembre 1772 comme commandant de la Piève d'Istria.

Nommé alors lieutenant-colonel du régiment de Pondichéry en Inde, il forma et commanda ce régiment en l'absence des colonels, jusqu'en 1778. Ce fut dans le cours de cette année que l'armée britannique, forte de plusieurs milliers d'hommes, commandée par le général Munro vint attaquer. Avec sept cent hommes seulement, la ville de Pondichéry fit une longue défense et obtint une capitulation honorable. La conduite d'Albignac en cette circonstance lui valut le titre de colonel du régiment et de brigadier d'infanterie dans les colonies (le 22 août 1780), et l'année suivante une pension de 2 400 francs sur le Trésor royal.

Il continua de servir en Inde comme major-général de l'armée et comme brigadier ; le 15 juin 1783, il se trouvait avec les restes de l'armée française au sud de Gondelour, seule place que la France possédât encore en Inde, lorsqu'il fut attaqué par l'armée britannique du général Stuart, numériquement supérieure, 17 700 hommes contre à peine 9 500. En dépit de la défection d'une partie de ses troupes indigènes dès le commencement de l'engagement, il réussit, par l'action habile des huit pièces d'artillerie du régiment d'Austrasie et des deux pièces de 18 du poste du lieutenant-colonel Bint, que le général d'Albignac dirigeait lui-même, et en chargeant plusieurs colonnes britanniques, à forcer les Britanniques à la retraite. Le Bailli de Suffren le félicita de l'exploit par une lettre flatteuse, et le roi le nomma brigadier au département de la Guerre, le 1er décembre 1783, avec une pension de 4000 francs sur le Trésor royal, et une autre de 1000 francs sur les Invalides de la Marine, en considération de « ses services distingués et du désintéressement qu'il avait montré pendant toute la guerre ».

Rentré en France à la paix, Louis Alexandre d'Albignac fut nommé maréchal de camp des armées royales, le 9 mars 1788.

Louis Alexandre d'Albignac devait s'illustrer dans la défense de la Révolution répondant « au premier coup de cloche de la Révolution... dans la seule idée que les anciens abus seraient corrigés ». Son ami (et cousin au 6e degré, puisque tous deux descendaient de Jehan I Quatrefages et Jehanne de Surville), Henry Quatrefages de Laroquète, ayant préféré renoncer à ses fonctions de maire du Vigan, qu'il jugeait impossibles à assumer en raison de sa présence nécessaire à l'Assemblée nationale pour élaborer la Constitution, Louis Alexandre est installé maire du Vigan le 11 mars 1790.

Il est remplacé le 17 novembre 1790 par Étienne Combet ayant été appelé en qualité de maréchal de camp à la tête de la 9e division de l'intérieur, le 18 novembre 1790. Dans ce commandement qui groupait notamment les départements du Gard, de l'Ardèche et de la Lozère, il réussit à maintenir l'ordre pendant une période troublée, et son attitude fut approuvée par l'Assemblée nationale constituante dans sa séance du 23 février 1791. Ce vieux combattant des guerres de l'Inde, écrit le lieutenant-colonel Carnot, inspirait à tous le respect.

Dès le début de la Révolution, son attitude pleine de loyalisme avait empêché les collisions sanglantes dans le Gard. Rappelé au service, il conduit une armée de 8000 contre l’insurrection royaliste du Gévaudan (épisode des deuxième et troisième camp de Jalès), le troisième camp conduit par le comte François-Louis de Saillans (1742-1792), dont il bat les derniers partisans à Joyeuse le 11 juillet 1792[ (en fait il n'y eut que quelques escarmouches). Il parvient à dissoudre ce foyer d'agitation royaliste et à s'empare des principaux chefs insurgés, sans perdre un seul homme, ce qui lui valut des lettres élogieuses des administrations locales.

À la fin de septembre 1791, il fut, avec Lescène-des-Maisons et Champion, l'un des trois commissaires désignés par le roi pour l'exécution du décret qui réunissait le Comtat Venaissin à la France. Le 22 mai 1792, le roi le nomma lieutenant-général. Employé d'abord en Auvergne, il eut à réprimer quelques tentatives de désordres, puis il fut appelé à l’armée des Alpes, qu'il commanda un instant, pendant l'absence de Kellermann. Passé ensuite à l’armée du Rhin, le 8 avril 1793, il n'y resta que jusqu'au 1er juin 1793.

Soupçonné de vouloir émigrer en septembre 1792, il fit un discours à la société des amis de la Constitution qui suscita les plus vifs applaudissements : il s'était déclaré prêt à abandonner « l'habit de général et prendre celui de la garde nationale » et aller à l'armée du Nord combattre en qualité de simple volontaire «  au cas où on douterait de ses sentiments ».

Il est malade peu après son passage à l'armée du Rhin ; suspecté de fédéralisme, il doit demander par l'intermédiaire de son ami Quatrefages de la Roquète un congé provisoire, ce qui ne l'empêche pas d'être incarcéré puis simplement gardé à domicile. Le 21 nivôse an II (10 janvier 1794), huit mois après avoir quitté Nîmes, il se fixe au Vigan, toujours malade, alors qu'il figurait en 1791 et 1792 sur le rôle des contributions mobilières de la ville de Nîmes.

Suspendu depuis juin 1793, à la suite d'un conflit avec le ministre sur des questions de discipline, il n'exerça plus aucun commandement jusqu'au 9 thermidor en VII (27 juillet 1799), époque à laquelle il fut placé à la tête de la 10e division militaire. Il quitta définitivement le service le 7 floréal an IX (27 avril 1801), et se retira au Vigan.

Au printemps de 1808 il fut choisi pour commander en chef la garde d'honneur de cavalerie et d'infanterie du Gard. Chevalier de Saint-Louis depuis 1774, il fut nommé commandeur du même ordre au retour des Bourbons, le 27 décembre 1814. Il avait reçu la croix de la Légion d'honneur le 29 mars 1805. Il était également membre de la Société des Cincinnati. Il est mort au Vigan à l'âge de 86 ans, le 17 janvier 1825, à 16 h, dans sa maison de la rue du Marché. Il avait épousé en premières noces Anne Louise Boisserole, de qui il avait divorcé le 24 ventôse an II (14 mars 1794, Le Vigan, acte 18) après une séparation mutuelle de plus de 8 ans ; il se remaria avec une de ses cousines, Magdelaine Philippine d'Albignac d'Arre. Sa seconde épouse lui survécut six ans ; elle s'est éteinte le 25 mars 1831 au Vigan, rue des Barris, à l'âge de 73 ans.

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